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Royal - Page 3

  • LOUIS XIII ET LES FAVORIS DU CARDINAL

    Tallemant des Réaux, écrivain et biographe, raconte ainsi les débuts du jeune Louis XIII dans la sexualité :

    « Le roi commença par son cocher Saint-Amour à témoigner de l’affection à quelqu’un. Ensuite, il eut de la bonne volonté pour Haram, son valet de chiens, puis pour Vendôme, le commandant Sauvray et Montpuillan-la-Force, qui furent éloignés l’un après l’autre par la reine mère. Enfin, Monsieur de Luynes vint. »

    Le spectacle des nombreuses maîtresses et bâtards, dont son père, Henri IV, lui impose la présence, a rendu Louis XIII profondément misogyne. Lorsque le roi est assassiné, en 1610, Louis, a 9 ans. Il trouve en Charles de Luynes, 32 ans, le père qui lui manquait. Et l’affection pour ce père de substitution va se transformer en amour. Lisons le Journal d’Héroard, médecin attaché à la personne du roi dès sa naissance, qui note quotidiennement la santé, les activités, les allées et venues du souverain, à la date du 28 décembre 1611 :

    « Le roi, dans son rêve a dit : “Qu’il est beau, qu’il est beau mon Luynes, que je l’aime.” »

    Quatre ans plus tard, Héroard précise :

    « Le roi avait l’habitude de se relever pour aller dans le lit de M. de Luynes où ils s’amusaient, sans dormir jusqu’à quatre heures du matin. »

    En quoi consistaient ces jeux ? Quelle fut la nature des rapports de Luynes et du roi ? La « virilité » de Louis XIII n’est pas discutable puisqu’il réussit à donner deux enfants à la reine. Luynes, lui, aime les femmes. Nous avons la preuve, grâce à Héroard, que ce n’est pas le favori qui cherche les contacts sexuels avec le roi. Peu importe comment leurs corps s’unissent, mais Louis, enivré par cette découverte du plaisir partagé, éprouve une reconnaissance sans bornes envers son initiateur. Luynes n’aurait pas conservé dix ans la faveur du roi, sans qu’une liaison physique ne les attache l’un à l’autre.

    Le roi tardant à consommer son mariage avec l’infante d’Autriche. Luynes poursuit l’éducation sexuelle du souverain, et lui propose d’assister à l’accouplement de Mlle de Vendôme, fille naturelle d’Henri IV, avec le duc d’Elbeuf. Laissons parler l’ambassadeur de Venise :

    « Le roi est présent sur le lit des époux, et sa demi-soeur lui dit : “Suivez mon exemple, Sire, et faites la même chose avec la reine.” »

    Cette leçon n’inspire pas Louis qui refuse toujours d’honorer la reine. Le favori va alors prendre une initiative qu’on aurait du mal à croire, si la scène n’était décrite par Héroard. Le lendemain, 25 janvier, « M. de Luynes obligea le roi à remplir son devoir conjugal. Il dut prendre Sa Majesté dans ses bras et la porter sur le lit de la reine. Le roi s’efforça par deux fois, avant d’y parvenir. Le lendemain, je vis qu’il avait le gland très rouge. »

    Peine perdue ! Il faudra attendre encore dix-huit ans pour que cette union donne un héritier au trône. L’amour du roi pour Luynes va toujours grandissant. Ce simple fauconnier est fait duc. Afin de prendre le pouvoir, à l’âge de 16 ans, en 1617, le roi le charge même d’organiser l’assassinat de Concini, le toutpuissant favori de la reine mère.

    La mort de Luynes, en 1621, crée donc un grand vide dans le coeur du roi. Le cardinal de Richelieu, qui est parvenu à s’imposer comme conciliateur entre le roi et la reine mère, Marie de Médicis, et comme Premier ministre, pousse dans les bras du roi de beaux jeunes hommes à sa solde. Le roi s’entiche d’abord du jeune d’Esplan, puis de François de Baradat, 19 ans, très beau et musclé. Tallemant des Réaux nous dit : « Le roi fait cent ordures avec lui. »

    Mais si Louis XIII a décidé de ne plus désormais mêler ses favoris à la politique, il se plaint au cardinal de… leur hétérosexualité : « Ils ont commerce avec des garces et sont avec elles en perpétuelles picoteries. » À peine croyable : le roi reproche à ses favoris de le tromper avec des femmes !

    Richelieu choisit alors le marquis de Cinq-Mars, qui, outre ses qualités physiques, a de l’esprit. Le cardinal compte sur le nouveau favori pour être informé des pensées du souverain et l’infléchir à sa politique. L’ascension de Cinq-Mars est fulgurante, lui et le roi deviennent inséparables. Écoutons Tallemant des Réaux :

    « Le Roi aimait éperdument Cinq-Mars. Une fois, le Roi se mit au lit dès sept heures, il envoya déshabiller Monsieur Le Grand, qui revint paré comme une épouse. “Couche-toi, couche-toi,” lui dit-il, impatient. Ce mignon n’était pas encore dedans que le roi lui baisait déjà les mains. »

    En 1638, naît le futur Louis XIV. Son devoir conjugal accompli, le roi entend vivre à son goût et il écrit au cardinal : « Pourvu que je sois maintenant hors de toutes ces femmes, il ne m’importe où. »

    En fait, il souhaite uniquement la compagnie de Cinq-Mars, mais celui-ci se fait prier. Ce bel homme couvert de maîtresses hésite à partager les étreintes d’un quadragénaire, malade et vieilli avant l’âge. Commence alors une période de disputes incessantes entre le roi et son favori. Le souverain en appelle à Richelieu, ce qui a pour unique effet que Cinq- Mars prête l’oreille aux ennemis du cardinal. Le roi autorise Cinq-Mars à participer au Conseil, mais Richelieu obtient qu’il revienne sur sa décision. Le favori, fou de rage, ravale sa colère et sa haine, mais cet affront le décide à entrer dans une conjuration composée – excusez du peu – de la reine mère et de Gaston d’Orléans, frère du roi, qui projettent, tout simplement, d’assassiner le cardinal.

    Le complot est éventé. Effondré, le roi signe, la mort dans l’âme, l’arrestation de Cinq- Mars, qui est jugé et condamné pour haute trahison. Par crainte qu’il n’en dise trop sur ses rapports sexuels avec le roi, la torture lui est épargnée. Il est décapité à la hache. La reine est le seul membre du complot qui n’est pas inquiété. Richelieu la ménage, songeant que la mauvaise santé du roi, pourrait l’amener à devenir régente. Le cardinal meurt cette même année 1642. Le roi l’année suivante.

    Indulgents pour les maîtresses des rois, les historiens nient le plus souvent que certains rois ont eu des amants. Même lorsque les preuves écrites de cette grande intimité sont trop éclatantes pour en discuter l’authenticité. Ces « négationnistes » affirment que des rapports charnels n’ont pu exister entre Louis XIII et ses favoris. Allons, bon ! Voilà comment on enseigne encore l’histoire en 2012…