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Homosexuels et bisexuels célèbres - Page 12

  • CASEMENT martyr homosexuel de l'indépendance irlandaise

                                 Sir Roger CASEMENT

    (1864-1916)

     

    Né à Dun Laoghaire, avant-port de Dublin, d’un père officier descendant d’une vieille famille de l’Ulster, Roger Casement va faire carrière dans l’administration coloniale : il s’y montre sensible à la cause des populations opprimées. Son dévouement, sa droiture sont récompensés par des responsabilités toujours plus importantes. En 1895, il est nommé consul de Grande-Bretagne au Mozambique, puis en Angola. Après avoir été officier de renseignements au Cap, pendant la guerre des Boers, il reprend les fonctions de consul au Congo belge.  Dans son Rapport sur le Congo, publié en 1908, Casement dénonce l’exploitation des Noirs par les colons belges. Il devient successivement consul au Portugal, au Brésil et au Pérou, et commence à noter ses aventures homosexuelles dans son Journal, habitude qui lui sera fatale.

     Jusqu’au terme de ses missions consulaires, il continuera à écrire presque journellement ses rencontres avec une précision méthodique : âge des garçons, couleur de peau, taille des sexes, profondeur des étreintes, prix payé au garçon : « Londres : Arthur pour 11 shillings. À Funchal: Agostino, très joli, sexe énorme. À Luanda : Mawuki, a un  joli sexe énorme. A Luanda: Mawuki, terriblement actif. A Rio : poussée très profonde de Polpito. Sao Paulo : Antonio, emmanché profond. Retour à Londres : Albert 15 ans et demi, 10 schillings. Funchal : Carlos, 17 ans, couilles splendides, sexe très long et mince… »

     Lorsqu’il prend sa retraite en 1912, le roi, ignorant alors la vie privée de notre héros, le nomme baronnet pour le récompenser ses loyaux services. Cependant le dévouement à la Couronne britannique dissimulait un soutien secret à la cause de l’indépendance irlandaise.

    Depuis son enfance, Casement  ressentait l’amour de sa patrie et attendait une opportunité. En 1914, Sir Roger a la naïveté de penser que l’Allemagne peut s’allier avec l’Irlande contre l’Angleterre. Dès la déclaration de guerre, il part pour New York, y rencontre Adler Christensen, un marin norvégien de vingt-quatre ans, qui devient son amant. En 1915 le couple gagne Berlin, et  Casement tente de convaincre les Allemands de constituer une brigade irlandaise avec des prisonniers de guerre et de débarquer en Irlande pour soutenir les indépendantistes.

     Franz Von Papen, diplomate et espion allemand, ne prend pas très au sérieux les plans de ce « collabo » imprévu. Lorsque Sir Roger apprend que les indépendantistes prévoient d’attaquer l’armée anglaise le 24 avril 1916, il décide alors de rejoindre leurs troupes pour arrêter un soulèvement qui serait perdu d’avance sans les renforts espérés.

     Casement parvient à convaincre le gouvernement allemand de le ramener en Irlande à bord du sous-marin Aud. Il débarque de nuit sur la côte de Kerry le 21 avril 1916 et tente de rejoindre ses compagnons. Il n’y parviendra pas. Car le beau Christensen avait l’âme vénale : il trahit son amant qui est arrêté à Tralle, transféré à Londres où il arrive le dimanche de Pâques 24 avril, le jour même où, à Dublin, l’insurrection irlandaise est écrasée dans le sang par les troupes britanniques.

    En juin, Casement est jugé pour trahison. Ses avocats veulent assimiler son homosexualité à un dérangement mental et plaider l’irresponsabilité. Casement s’y refuse. Il affirme être en possession de toutes ses facultés, en dépit de ce qu’il appelle « ma maladie », et proclame bien haut son amour pour sa patrie et son dévouement à la cause de l’indépendance irlandaise. Il est condamné à mort.

     En raison du passé prestigieux de Casement, le roi souhaitait commuer la peine de mort en détention, mais l’Intelligence Service met sous les yeux de George V Blacks Diaries, les carnets noirs où le dragueur insatiable a consigné tous ses exploits amoureux. Le roi décide alors l'exécution.

     Il est pendu le 3 août 1916. Avant le verdict, Casement adresse au tribunal et au jury un fervent plaidoyer pour l’indépendance de l’Irlande : « Je suis le descendant des sujets du royaume d’Irlande. Je devrais être jugé en Irlande, par un tribunal irlandais seul compétent. Le gouvernement de l’Irlande par l’Angleterre se fait par la force et non par le droit. Si vous me condamnez vous allez commettre un assassinat légal. »

    Ce premier soulèvement irlandais sera le prélude d’une longue guerre entre les indépendantistes et la Couronne britannique qui durera jusqu’au 6 décembre 1921. Le Traité de Londres entérine la partition : L’Ulster – les six cantons du Nord - restent britanniques et le Sud devient la république d’Irlande. Aujourd’hui plusieurs rues et places de Dublin portent le nom de Casement, et un monument sur la plage même qui vit son débarquement sur les côtes d’Irlande rappelle son soutien aux insurgés.

    Mais lorsque j’interrogeai sur ce point des étudiants de Trinity College, ils réagirent vivement : « Sir Roger Casement est un martyr de l’indépendance irlandaise. Les Anglais l’ont faussement accusé d’homosexualité, c’est une calomnie inventée pour justifier son exécution. » Voilà comment on enseigne encore l’Histoire à Dublin !